« Comment font-ils pour tenir ? »
Publié le dimanche 17 mai 2009 à 06h00
Charlotte et Bernard Cassez étaient à Douai hier pour une rencontre avec ceux qui les soutiennent et cherchent les moyens de les aider.
C'est-à-dire d'aider leur fille Florence, détenue au Mexique. Des gens qu'ils ont connus depuis qu'ils traversent cette épreuve. Des anonymes sur lesquels ils mettent maintenant un visage.
FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Ils ont fait la route depuis la région parisienne, l'Alsace, le Mans, la Belgique pour se retrouver un samedi matin dans une petite salle à Douai. Bernard Cassez se présente à ceux qui ne le connaissent pas. Il dit « Cassez... en un seul morceau » avec un sourire incertain. Pas besoin de refaire toute l'histoire de leur fille Florence, de revenir sur son arrestation truquée, sur son premier procès, cette accusation reposant sur du sable et ce verdict insensé : 96 années de prison pour complicité dans des enlèvements qu'elle a toujours niée. Et puis le verdict en appel, sans nouveau procès, une décision prise par un autre juge dans son bureau qui s'est soldé par un nouveau coup de massue. 60 ans cette fois et un dossier toujours truqué.
Pour cette première réunion qui devrait être suivie par d'autres en France, pas grand monde dans la salle qui ne sache tout ça. L'histoire n'est plus à refaire. Elle se suffit à elle-même. « C'est une initiative des internautes. Nous avions envie de nous parler autrement que par internet. De nous connaître. Cela nous donne le sentiment d'être soutenus » dit Charlotte, d'une voix douce.
Ils ont sans doute besoin de le toucher du doigt, ce soutien, de s'en nourrir. Presque cinq ans maintenant que leur vie a basculé et c'est le moment qu'ils choisissent pour « mettre en place de façon plus organisée le comité de soutien ». On se demande pourquoi seulement maintenant. La réponse est simple. « On pense toujours qu'on est arrivés au bout, que ça va s'arrêter et il arrive toujours quelque chose qui fait retomber l'espoir. C'est pour ça qu'on ne s'est pas assez structurés » répond Charlotte Cassez.
« Ça prendra du temps »
Alors, ce matin, ils explorent toutes les pistes. Imaginer de bâtir un véritable argumentaire pour ces bonnes volontés qui ne demandent qu'à mobiliser autour d'elles mais qui ont parfois besoin de réponses précises face aux interrogations qu'on leur renvoie. « On a du mal à comprendre que des gens doutent » avoue Bernard Cassez « tout cela est tellement gros, tellement gros... Et ce n'est pas parce que c'est notre fille que je dis ça. Ce n'est pas juste une réponse de papa que je fais là ».
Un homme qui visiblement connaît bien la situation de Florence et les arcanes du droit international qui prévoit, parce que le Mexique a signé la convention de Strasbourg avec l'Union européenne, la possibilité de rapatrier Florence en France estime qu'il faut maintenant « redéplacer le dossier de la sphère politique au terrain judiciaire ». Il pense aussi que « Florence reviendra en France mais que ça prendra encore du temps... ». Il se dit persuadé que l'échéance des élections législatives mexicaines prévues en juillet ne changera pas grand-chose à l'affaire, qu'il faudra attendre la suivante. « Les présidentielles, dans trois ans ». Face à lui, les parents de Florence Cassez hochent la tête, n'ajoutent rien.
Il y a aussi, pour cette réunion, quelques personnes qui connaissent un peu moins bien l'histoire de la jeune française, comme ce père de famille qui répète « mais c'est hallucinant ! », qui dit qu'il a, lui aussi, des enfants et qui se demande bien ce qu'il ferait si ça lui arrivait à lui, une histoire pareille.
Cette semaine, ceux qui veulent à tout prix faire tenir le dossier judiciaire contre Florence Cassez au Mexique ont sorti de nouveaux témoignages à charge. « Des règlements de comptes entre bandes » pense Bernard Cassez que plus aucune manoeuvre pour enfoncer sa fille ne semble surprendre.
Jeux troubles
En se décidant à organiser des comités de soutien plus structurés en France, les Cassez savent aussi qu'il faudrait aller plus loin. Que ça bouge enfin au Mexique. Ils comptent sur les médias locaux, sur quelques personnalités comme cette célèbre actrice mexicaine qui a pris fait et cause pour leur fille et dénoncé la machination qui la broie. Mais Charlotte Cassez ne se fait pas trop d'illusions. « Des comités de soutien là-bas... Ce n'est pas évident ? On sait pourquoi c'est difficile pour les gens au Mexique ».
Avec les mois et les années, les Cassez ont été contraints de s'intéresser à la politique mexicaine, à ses subtilités, à ses enjeux plus ou moins troubles. Parfois, alors que la diplomatie française s'active en coulisses, on leur demande se faire discrets. Ils jouent le jeu. « Et il y a aussi des moments où on est très mal, où on n'a pas envie de parler » explique Charlotte. Dans la salle, une femme se penche vers sa voisine.
Elle lui demande « mais comment font-ils pour tenir ? » La réponse est tragiquement simple. Ils n'ont juste pas le choix.


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