La fin annoncée de Weavers et Filartois
Publié le mercredi 06 mai 2009 à 06h00
Beaulieu International, puissant groupe industriel belge, a annoncé hier matin la fermeture de deux de ses usines : Weavers à Comines, 90 salariés, et Filartois à Douvrin, 254 salariés.
« Depuis Metaleurop, j'ai suivi tous les conflits sociaux du secteur. Mais quand ça vous arrive à vous, c'est encore plus dur. J'ai l'impression d'avoir pris un 38 tonnes en pleine figure. » Avant de prendre des responsabilités départementales au sein de la CGT, Grégory Glorian était le délégué syndical de l'usine Filartois, à Douvrin, près de Lens. Mais aujourd'hui, c'est d'abord l'ouvrier de 34 ans, père de trois enfants, sur le point d'être mis à la porte de la plus grosse filature d'Europe, qui s'exprime. « On a tous envie de pleurer.
On va se battre, mais d'abord, faut digérer l'annonce », dit-il.
Une double annonce en fait, sortie de la bouche de la direction, hier matin, lors d'un comité européen du groupe, à Courtrai. « Beaulieu a l'intention de fermer définitivement ses établissements Weavers à Comines et Filartois à Douvrin, dans le nord de la France. 344 emplois sont menacés, 254 pour Filartois et 90 pour Weavers », indique dans un communiqué le directeur des ressources humaines du groupe. « Déficits persistants, effondrement du marché, surcapacité structurelle (...) », tels sont les arguments avancés par le leader européen de la production de revêtements de sols.
« Filartois a enregistré plus de 5 millions d'euros de pertes en 2008. Notre chiffre d'affaires est passé de 18 millions d'euros au premier trimestre 2008 à 7 millions d'euros au premier trimestre 2009, soit une baisse de 58% », confirme Francis Estorez, délégué CGC-CFE de l'usine de Dourges. Pour les syndicats, la chute libre des parts du marché russe, qui représente aujourd'hui 80 % de la clientèle de Beaulieu, ne suffit pas à justifier complètement la décision du groupe. « Il y a eu des erreurs de stratégie. Si les bons choix avaient été faits, si on avait privilégié la qualité au lieu de la quantité, la filature serait viable », estime la CGT.
Les salariés de Filartois devraient se voir notifier leur licenciement à compter du 3 août prochain. L'ébauche du plan de sauvegarde de l'emploi prévoit pour l'instant une prime de 1 500 E par année d'ancienneté en plus des indemnités légales. Mais les salariés entendent bien se battre pour obtenir davantage. Les négociations doivent s'ouvrir le 18 mai. En attendant, ils ont prévu de se réunir demain matin pour décider de poursuivre ou non l'activité jusqu'en août, comme leur demande la direction, qui a encore quelques commandes à honorer...
GAËLLE CARON


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