L'ultime appel à l'opinion publique
Publié le samedi 18 avril 2009 à 06h00
Florence Cassez, condamnée à soixante ans de prison au Mexique pour des enlèvements auxquels elle nie avoir participé, a lancé hier, lors d'une conférence de presse téléphonique au cabinet de son avocat, son « dernier appel ».
MATTHIEU MILLECAMPS > matthieu.millecamps@nordeclair.fr
Florence Cassez a perdu sur le terrain judiciaire. Malgré ses dénégations. Et bien que Me Frank Berton, son avocat en France, ne cesse de dénoncer les « manipulations et falsifications dont elle a été victime », Florence Cassez, en appel, a été déclarée coupable d'enlèvements et condamnée à soixante ans de prison par la justice mexicaine.
Le 9 mars dernier, Florence Cassez a même fini par « reconnaître » formellement une culpabilité qu'elle récuse par ailleurs, espérant obtenir son transfèrement. À l'issue de la visite de Nicolas Sarkozy au Mexique, la jeune Nordiste pensait avoir retrouvé un semblant d'espoir. Une solution diplomatique semblait se dessiner. Ses parents aussi y ont cru, eux qui remuent ciel et terre, ici en France, depuis son interpellation en 2005. Eux qui ont rencontré le président de la République, en 2008.
Mais plus les semaines passent, plus l'espoir d'un rapatriement de la Nordiste semble s'éloigner. C'est d'autant plus vrai que la presse mexicaine est pleine de rumeurs d'oppositions au transfèrement de la part de membres mexicains de la commission installée par Sarkozy et Calderon, son homologue au Mexique. Les élections législatives mexicaines, le 5 juillet prochain, ne seraient pas pour rien dans ce coup de frein.
Vaincue par les tribunaux mexicains, déçue par la diplomatie, c'est donc sur le terrain médiatique que Florence Cassez, ainsi que Me Frank Berton, ont décidé de frapper fort. Après un passage sur Europe 1 dans la matinée, Florence Cassez a accepté de répondre, par téléphone depuis sa prison, aux questions des nombreux journalistes conviés au cabinet lillois de Me Berton.
« Otage politique »
« Je suis une otage politique », affirme-t-elle, suppliant que tout soit fait pour qu'elle soit « enfin rapatriée ». Visiblement physiquement et psychologiquement affaiblie, Florence Cassez dit craindre pour sa sécurité. Réitérant, du bout des lèvres, sa confiance en Nicolas Sarkozy, c'est pourtant bien un ultimatum que la jeune femme a lancé hier par voie de presse. « Je n'en peux plus de pourrir là où je suis. (...) Aujourd'hui, c'est mon dernier appel ». Phrase lourde de menaces, pour elle. Dans un coin du bureau rempli de journalistes, Bernard Cassez, le père, a les traits tirés, les yeux hagards. À l'issue de l'entretien, il tente d'esquiver les questions devant la forêt de micros. Peine perdue. « Florence est à bout. On est complètement sans voix. Voilà 40 mois que cela dure, 40 mois qu'elle est emprisonnée dans un pays qui n'est pas le sien », glisse-t-il, las. Me Berton, tonitruant et offensif, projette pour sa part de se rendre une nouvelle fois au Mexique. Il veut y rencontrer sa cliente. « Je pense qu'on se dirige vers quelque chose de catastrophique », prophétise l'avocat.
Espérons que non.


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