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Hénin-Beaumont : Marie-Noëlle Lienemann lâchée par ses « camarades » socialistes

Publié le 06/04/2009 à 00h00

Gérard Dalongeville, le maire d'Hénin, a obtenu de sa majorité qu'elle le débarrasse de sa première adjointe Marie-Noëlle Lienemann.

Hénin-Beaumont : Marie-Noëlle Lienemann lâchée par ses « camarades » socialistes
Gérard Dalongeville, le maire d'Hénin, a obtenu de sa majorité qu'elle le débarrasse de sa première adjointe Marie-Noëlle Lienemann.

Malgré les consignes du PS sur lesquelles les socialistes héninois se sont assis.

Costume sombre comme sa barbe, placide, Gérard Dalongeville, face à une salle bondée et survoltée, ouvre ce conseil municipal forcément exceptionnel. Il va demander la tête de sa première adjointe, Marie-Noëlle Lienemann. Enfin, réclamer à sa majorité qu'elle lui retire sa délégation de première adjointe. Motif officiel : elle n'a pas participé, la semaine dernière, au vote du budget. Motif réel : elle l'a lâché alors que la cour régionale des comptes a sorti un rapport accablant sur sa gestion et qu'il y a de fortes chances que le Préfet demande sa suspension en tant de maire, première étape qui pourrait être suivie par sa révocation.

Tailleur rose, crispée, Marie-Noëlle Lienemann s'explique et accuse Gérard Dalongeville de remettre « en cause le contrat passé avec les citoyens » lors des dernières municipales en faisant éclater l'accord politique monté pour faire barrage au FN. Car elle n'est pas seule en cause. David Noël, adjoint communiste à la culture doit également être sacrifié dans ses fonctions d'adjoint. C'est le point suivant à l'ordre du jour.

Le voilà qui se déroule donc, point après point, dans un climat malsain, face à un public qui se croit sur un champ de foire, lançant insultes, lazzis, huées et sifflets. Nous sommes à l'hôtel de ville d'Hénin et le maire laisse faire. Un peu ailleurs, on ne sait trop où d'ailleurs. Marie-Noëlle Lienemann qui doit avoir compris que les socialistes d'Hénin ne vont pas suivre les consignes fédérales du PS qui a appelé à la soutenir tente de placer chacun devant sa « responsabilité » et sa « conscience ». Elle parle aussi d'« éthique républicaine » et on se demande bien ce que ces mots veulent encore dire ici.

À l'extrême droite, on boit du petit lait et le canardage commence. Il vise tout aussi bien Gérard Dalongeville, accusé de vouloir faire désigner à la place de Marie-Noëlle Lienemann « celui qui servira de marionnette quand vous serez suspendu » et celle qui est encore première adjointe pour quelques minutes, accusée par Marine Le Pen de « n'avoir rien dit » jusqu'au conseil de la semaine dernière « solidarité socialiste oblige ». Et c'est parce qu'elle lui souhaite de boire « le calice jusqu'à la lie » et qu'elle reste « la première adjointe du roi de la faillite » que Marine Le Pen appelle à voter pour son maintien. Les autres élus font de la figuration dans ce conseil transformé en pitoyable théâtre, sauf David Noël, le communiste qui va être débarqué dans la foulée et Pierre Ferrari, du mouvement des jeunes socialistes, déjà démis par Dalongeville de ses fonctions d'adjoint. Lui aussi.

Le vote, donc. À bulletins secrets, après passage dans l'isoloir, et sur des bulletins pré-imprimés, comme l'avait réclamé l'opposition « pour éviter que l'on reconnaisse les écritures ». Ambiance... Le verdict est net. Un nul, 22 voix pour virer de son siège de première adjointe Marie-Noëlle Lienemann, 12 voix qui votent contre. Ce qui veut dire que les socialistes héninois ont voté comme Dalongeville le leur a demandé, sans s'émouvoir des menaces d'exclusion brandies dimanche par les instances fédérales du PS. Que le FN a voté contre, ainsi que les deux élus de l'Alliance républicaine, celle du MoDem, Pierre Ferrari, David Noël et sans doute un PRG et un MRC. Pour se débarrasser de David Noël comme adjoint, le vote sera quasi identique : 22 voix contre 11. Reste ensuite à nommer une nouvelle adjointe pour atteindre le nombre de 10. Ce sera, provoquant huées et ricanements, Danièle Filipowicz dont, selon les accusations publiques de Marine Le Pen, le fils serait sur le point d'être embauché dans une association héninoise « contrôlée par la mairie ». Marine Le Pen promet, sur ce point, une plainte pour corruption. À suivre.

Par le jeu des chaises musicales, Jean-Bernard Deshayes devient premier adjoint et Jean-Pierre Chruszez devient le dixième adjoint. Il travaillait auprès de Jacques Mellick, à Béthune, au moment de la tourmente judiciaire béthunoise. « La dream-team... » ironise un observateur effondré.

Quelques membres de commission à renouveler encore, dans l'indifférence désormais puisque l'affaire est entendue mais qui valent encore quelques injures et hurlements côté public. Et Dalongeville, toujours impassible. À la sortie, Marine Le Pen, rayonne. « Ce n'est plus un boulevard qu'ils nous ouvrent, c'est une deux fois quatre voies... ».

C'était le conseil municipal d'Hénin hier soir. Ou comment assister, en direct, à ce qui ressemble furieusement à un naufrage de la démocratie.

Florence Traullé

Ce mardi dans Nord éclair, le dossier réalisé par Céline Debette, Violaine Magne, Ludovic Maillard et Florence Traullé

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