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RELIGION

Pape : ces catholiques qui rejettent la caricature

Septembre 2008 : le pape Benoît XVI en visite en France (ici, sur l'esplanade des Invalides à Paris) avait été chaleureusement accueilli. Septembre 2008 : le pape Benoît XVI en visite en France (ici, sur l'esplanade des Invalides à Paris) avait été chaleureusement accueilli.

Entre ceux qui se désolent des déclarations du pape sur le sida et ceux qui trouvent que le réduire à cela, c'est faire l'impasse sur l'essentiel du message religieux, les dissenssions témoignent d'un refus des amalgames des deux cotés.



FLORENCE TRAULLÉ > florence.traulle@nordeclair.fr
Elle veut bien parler du pape mais ne veut pas commencer par l'histoire du préservatif. « C'est comme s'il n'avait parlé que de ça ! Il ne reste plus que cet aspect de ce qu'il a pu dire en Afrique. Un peu court non ? ». Amélie, 37 ans, catholique « pratiquante distante » comme elle se décrit aurait aimé que la polémique sur le préservatif « n'occulte pas le reste des messages. Il a quand même dit des choses très fortes sur la violence, la place de la femme dans la société africaine, les guerres ». Cette Roubaisienne a un peu de mal avec « l'image brouillée que renvoie le pape mais, après tout, il n'est pas là pour faire la publicité du préservatif. Je suis plus troublée par le fait qu'il n'a pas dénoncé violemment l'excommunication, décidée par un évêque intégriste brésilien, après l'avortement de cette fillette de 9 ans violée par son beau-père ».


« Assez dans son rôle »
Hubert, jeune ingénieur d'une trentaine d'années, avoue avoir « un peu de mal à (se) déclarer catholique pratiquant, en ce moment, auprès de (ses) collègues. Comme si cela faisait de moi un ringard. La médiatisation des propos du pape a encore renforcé ça ». Il trouve « dommage qu'on ne retienne qu'une partie de ses déclarations (lire en page 3). Il a aussi parlé du rôle des chrétiens dans l'aide aux malades du sida. Et c'est vrai que cette maladie pose des questions sur notre rapport à notre sexualité, à l'amour, à la conception que l'on a de la famille ».
Plus que ses propos (« On ne lui demande pas de suivre les modes » estime Aude, étudiante en médecine de 24 ans), ce sont les caricatures que rejettent ces catholiques qui ont le sentiment « de ne pas être hors de la société et de ses questionnements » parce qu'ils sont croyants. « Sur le fond, Benoît XVI ne diffère pas de ce que pouvait dire Jean-Paul II. Le problème, c'est qu'il a cumulé des décisions pas forcément comprises par la base » déclare Aude.

« Barouf »
Les affirmations, vendredi matin, de l'évêque d'Orléans sur l'efficacité du préservatif agacent jusque dans les rangs religieux. Ainsi le frère dominicain Francis Marneffe pour qui « il a eu des paroles fort inopportunes. L'Église n'a pas à se prononcer sur le préservatif ».
C'est dit.
Antonin, un père de famille d'origine camerounaise, n'en revient pas du « barouf » qu'a provoqué la déclaration de Benoît XVI.
« C'est comme si tout le monde oubliait qu'en Afrique les catholiques, les églises, les associations, sont parmi les plus actifs sur le front du sida et du soutien aux malades ».
Installé en France depuis une dizaine d'années, Antonin s'inquiète plus de « l'isolement dans lequel Benoît XVI semble s'être enfermé. Il est trop coupé du monde là-bas au Vatican, entouré de sa "haute hiérarchie". Comme les hommes politiques ici, c'est le même problème ».
Ce qui fait peur à Antonin, c'est « le risque de voir des chrétiens tourner le dos, non pas à leur foi, mais à l'Église. J'ai l'impression que le pape veut donner des gages aux plus traditionalistes mais si c'est pour faire fuir les autres, c'est un peu dommage ». Ce quadragénaire, bien dans sa vie et dans sa foi, assure que « les catholiques font le tri dans les déclarations de leurs papes depuis longtemps. Regardez, théoriquement, on ne peut pas se remarier à l'église quand on a divorcé mais bien des prêtres acceptent des "bénédictions" de nouvelles unions qui sont une forme de reconnaissance. Et ça choque qui chez les catholiques ? Quasi plus personne ».

« Discours irresponsable »
Un pape dans son rôle finalement ? Ce n'est pas l'avis de Nathalie, éducation catholique, pratique moyennement régulière mais « attachée aux valeurs chrétiennes ». Cette mère de quatre enfants, tous scolarisés dans l'enseignement privé, « ne comprend pas ce pape. Jean-Paul II était aussi traditionaliste sur les moeurs mais je ne crois pas qu'il aurait laissé passer, sans se faire entendre, l'histoire de la petite Brésilienne. Sur les préservatifs, moi qui aie des ados, je trouve ce discours irresponsable quand on voit les ravages de la maladie ».
Mais le pape n'est-il pas dans sa fonction ? « Peut-être. C'est sans doute normal qu'il défende la fidélité.
Mais là, on parle d'une maladie qui fait des ravages tels en Afrique qu'il faut regarder la réalité en face ». Elle dit aussi que sa foi, elle la vit « sans véritable relation à la hiérarchie religieuse. Quel que soit le pape, d'ailleurs ».

Préservatif : ce qu'en disent les autres religions

L'Église catholique a fait beaucoup parler d'elle dernièrement, en particulier sur la question du préservatif. Dans les autres religions monothéistes, l'interdit est également présent, mais il y a des nuances. Judaïsme : préserver la vie avant tout. Le rabbin de Lille, Élie Dahan, rappelle que le judaïsme pose le principe « que la sexualité se doit d'être vécue dans le cadre du mariage », avec ce que cela suppose en terme d'interdit sur les relations prénuptiales et sur l'obligation de fidélité. Cela étant, en vertu du devoir supérieur édicté dans le Talmud de protéger la vie, le port du préservatif peut être soit toléré soit obligatoire, selon les cas. « Ainsi, rappelle Élie Dahan, dans le cas d'un couple marié où l'un des deux est séropositif, l'usage du préservatif est obligatoire ». En ce qui concerne les questions de sexualité, le judaïsme se vit d'ailleurs essentiellement dans le dialogue entre le rabbin et le croyant, dans un cas par cas qui se règle par l'étude des textes de l'ancien testament.  Protestantisme : la sexualité dans la sphère privée. Le pasteur Fournier de l'Église Réformée de Roubaix-Tourcoing est clair : « le port du préservatif ne fait pas débat au sein du culte protestant ». En effet, la sexualité appartient à la sphère privée et l'église n'a pas à s'y immiscer. Le port du préservatif à des fins contraceptives ou pour éviter la contamination par les MST est donc accepté. En France du moins, car la réponse est beaucoup moins nette dans certaines communautés évangéliques africaines. Islam : l'interdit et le réalisme. Le port du préservatif questionne au moins autant l'islam que le catholicisme du fait de la forte prévalence du virus dans les pays du Maghreb. L'imam Zellati, de la Mosquée Sunna de Roubaix, rappelle que « l'islam interdit le port du préservatif car pouvant mener à un rapport sexuel hors mariage, et donc de ce fait inacceptable ». Une sexualité « chaste », c'est-à-dire dans ce cas la fidélité, est privilégiée pour lutter contre le VIH. Toutefois, le recteur de la mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, a pris position dès 1998 pour que « des équipes éducatrices associatives et de proximité médicale essaient malgré les tabous religieux et les interdits prononcés d'amener les personnes à risque à davantage de réalisme afin de ne pas ajouter à la culpabilisation d'un rapport illicite la responsabilité de contaminer en connaissance de cause une innocente. » S.L.

Père B. Cazin : « Le pape est dans son rôle »

Pour le nouveau vice-recteur de l'université catholique de Lille, hématologue dans le civil, le souverain pontife a eu raison d'insister sur le retour à une sexualité responsable et humaine. En tant que prêtre, mais aussi en tant que médecin, comment avez-vous perçu les propos du pape dans l'avion qui le menait en Afrique ?  >> Il faut les lire en entier. La volonté du pape était d'inviter les Africains à une sexualité responsable. Les propos sur l'aggravation possible de l'épidémie ont focalisé l'attention. Ce que dit Benoît XVI, c'est que dans le cadre d'une sexualité qui n'est pas fondée sur la fidélité dans la durée, le port du préservatif seul ne suffit pas. Et en effet, l'usage du préservatif comporte le risque de la multiplicité des rapports, sur un continent où la disponibilité du préservatif n'est pas évidente. Ce qui peut, par exemple, amener à le réutiliser. Dans ce contexte, le préservatif a ses limites et l'Église est dans son rôle quand elle dit qu'il faut avant tout humaniser la sexualité. Pour autant, le préservatif reste un rempart... >> Il est nécessaire pour ceux qui ont une sexualité qui n'est pas « responsable ». Dans une relation stable, il n'a pas lieu d'être. Le pape n'est pas dans le « permis/défendu ». Il évoque des valeurs, un idéal moral. Pour combattre le sida, le préservatif n'est pas l'unique solution. Mais c'est une solution pour ceux qui ne connaissent pas leur partenaire. Les propos de l'évêque d'Orléans, qui pense que le préservatif peut laisser passer le VIH, ne vous choquent-ils pas ?  >> Il s'est rétracté depuis. Mais c'est vrai que ces propos jettent le trouble inutilement. Médicalement, le préservatif n'est sans doute pas le meilleur contraceptif, mais ce n'est pas un mauvais moyen de prévention du VIH. À ceci près qu'il faut le doubler d'une meilleure éducation à la sexualité. Dans certains pays d'Afrique, la maladie est encore parfois vécue comme un « mauvais sort », pas comme la transmission d'un virus. Cette affaire, et celles qui ont précédé, ne montre-t-elle pas que l'Église a une difficulté de communication ? >>  Sur l'affaire du préservatif, je ne pense pas. Il s'agit ici d'un emballement médiatique. Sur la réintégration de Mgr Williamson, le pape reconnaît lui-même qu'il a eu un problème d'information. Enfin, sur l'affaire de l'excommunication de la mère de la fillette brésilienne qui s'est fait avorter, il y a eu une maladresse de l'archevêque de Recife. Mais la conférence des évêques du Brésil s'est très vite démarquée de son avis, tout comme le Vatican. PROPOS RECUEILLIS PAR SÉBASTIEN LEROY

VERBATIM

Préservatif : les déclarations du pape Dans l'avion qui l'emmenait vers l'Afrique la semaine dernière, Benoît XVI s'est livré à un jeu de questions-réponses avec plusieurs journalistes de la presse internationale. La cinquième est posée par Philippe Visseyrias, correspondant à Rome de France 2. Elle porte sur la position de l'Église catholique, jugée irréaliste et inefficace en Afrique. Voici in extenso, la réponse du pape : « Je dirais le contraire. Je pense que l'entité la plus efficace, la plus présente sur le front de la lutte contre le sida est justement l'Église catholique, avec ses mouvements, avec ses réalités diverses. Je pense à la communauté de Sant'Egidio qui fait tellement, de manière visible et aussi invisible, pour la lutte contre le sida, je pense aux Camilliens, à toutes les soeurs qui sont au service des malades... Je dirais que l'on ne peut vaincre ce problème du sida uniquement avec des slogans publicitaires. S'il n'y a pas l'âme, si les Africains ne s'aident pas, on ne peut résoudre ce fléau en distribuant des préservatifs : au contraire, cela risque d'augmenter le problème. On ne peut trouver la solution que dans un double engagement : le premier, une humanisation de la sexualité, c'est à dire un renouveau spirituel et humain qui implique une nouvelle façon de se comporter l'un envers l'autre, et le second, une amitié vraie, surtout envers ceux qui souffrent, la disponibilité à être avec les malades, au prix aussi de sacrifices et de renoncements personnels. Ce sont ces facteurs qui aident et qui portent des progrès visibles. Autrement dit, notre effort est double : d'une part, renouveler l'homme intérieurement, donner une force spirituelle et humaine pour un comportement juste à l'égard de son propre corps et de celui de l'autre ; d'autre part, notre capacité à souffrir avec ceux qui souffrent, à rester présent dans les situations d'épreuve. Il me semble que c'est la réponse juste, l'Église agit ainsi et offre par là même une contribution très grande et très importante. Nous remercions tous ceux qui le font. »  


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