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TÉLÉPHONIE MOBILE

Faut-il avoir peur des téléphones portables ?

Le recours aux mesures d'émissions se systématise... même si ces valeurs sont quasiment toujours au-dessous des normes en vigueur. Le recours aux mesures d'émissions se systématise... même si ces valeurs sont quasiment toujours au-dessous des normes en vigueur.

Colloque au Sénat aujourd'hui, « Grenelle des antennes » conduit par le gouvernement dans un mois... Devant la montée des inquiétudes liées au développement de la téléphonie mobile, le temps de la réflexion semble venu.




SÉBASTIEN LEROY > sebastien.leroy@nordeclair.fr
Insomnie, sensation de fatigue permanente, maux de têtes... Comme d'autres locataires de l'immeuble LMH situé rue des Bois-Blancs à Lille, Laurence Desmet est inquiète pour sa santé, ainsi que celle de fille. Et d'après elle, le coupable est tout désigné. Il est là-haut, sur le toit. Un ensemble d'antennes-relais, installées là il y a plusieurs années. « Lors de conversations de voisinage, on s'est rendu compte que plusieurs d'entre nous présentaient les mêmes symptômes, explique la locataire. On a alerté la mairie. D'autant qu'au rez-de-chaussée, il y a une crèche, or les normes de sécurité disent que les antennes ne peuvent pas être à moins de 100 mètres de lieux accueillant des enfants ».


Qu'importe que l'argument juridique soit inexact (lire par ailleurs), l'angoisse est bien là. Résultat, un relevé d'émissions des ondes électromagnétiques a été demandé par la Ville. Il a été réalisé fin février. Et les appareils du technicien d'Aexpertise, le cabinet agréé qui a réalisé le relevé, sont formels : les valeurs sont de 43 à 310 fois inférieures aux maximales prévues pour la téléphonie mobile dans le décret du 3 mai 2002. Une sentence à laquelle s'attendait Laurence Desmet. « La mesure ne donnera rien. Mais il n'empêche, pour moi, mes symptômes sont liés aux antennes-relais ».
La vindicte des habitants
Le cas de Laurence Desmet relève-t-il de ce que l'Académie de Médecine appelle « la prééminence du ressenti du plaignant », dans sa "mise au point" du 3 mars dernier ? Ou l'inquiétude est-elle fondée, sachant qu'il existe en France plus de 50 000 antennes identiques à celles des Bois-Blancs ?
Entre les deux, des communes de la région ont fait leur choix, souvent sous la pression de collectifs d'habitants ragaillardis par une jurisprudence embryonnaire, mais qui leur devient favorable. À Lille, cet automne, des habitants de Wazemmes ont obtenu le démontage d'une antenne montée « en catimini » en plein dans l'axe d'un autre immeuble. À Genech, en Pévèle, un collectif s'est créé pour s'opposer à l'installation d'un mât à deux pas du stade. Idem à Laventie où les habitants ont obtenu du maire qu'il retire une délibération concernant la mise à disposition d'un terrain pour qu'Orange y déploie son matériel.
Tourcoing fait, elle, figure de pionnière dans la région. « Nous avons adopté un moratoire d'un an sur l'implantation d'antennes-relais fin 2008 » , raconte Bernard Despierre, adjoint Vert. Mais le préfet a notifié au maire que celui-ci avait l'obligation d'annuler ce moratoire illégal, sous peine de poursuite juridique. « On ne le retirera pas », promet l'élu, qui veut pousser le débat. « Je ne me focalise pas uniquement sur la téléphonie mobile. Bientôt, on va avoir la TV mobile. On sait aujourd'hui que l'accumulation d'ondes électromagnétiques a des effets, sur les migrations des oiseaux notamment. Le problème c'est qu'on ne sait pas ce que ça donne quand toute la population vit dans un micro-ondes géant » !
Des chartes villes/opérateurs
Signe que le sujet préoccupe, des chartes de la téléphonie mobile liant opérateurs et municipalités commencent à voir le jour. Dans la métropole, c'est Lille qui avait ouvert la voie en 2004, avant qu'une deuxième mouture, intégrant non plus seulement les antennes, mais également les combinés, ne soit rédigée en 2008. Celle-ci a essentiellement pour but d'amener chaque partie à la concertation, et de jouer la carte de la transparence sur les informations. « Nous avons voulu aller plus loin, explique de son côté Bernard Despierre en parlant de la charte que sa ville vient de transmettre aux opérateurs. D'abord, nous introduisons la participation des associations d'habitants au processus de concertation. Ensuite, on se base sur une valeur maximale de 0,6 volt/mètres, comme ça se pratique en Autriche, par exemple. Enfin, nous souhaitons que chaque implantation nouvelle soit soumise à permis de construire ». Effet de contagion, à Villeneuve d'Ascq, Wattrelos et Halluin notamment, des chartes similaires sont à l'étude.
Reste un paradoxe que les chartes municipales auront bien du mal résoudre. Un paradoxe en forme de choix de société. Comment mener la bataille des ondes à l'heure où les Français sont 57 millions à posséder un portable auquel on demande toujours plus, et donc toujours plus de puissance ? Une quadrature du cercle en somme, qui ne manquera pas d'animer les débats du colloque d'aujourd'hui au Sénat.


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