Florence Cassez : soixante ans qui révoltent
Publié le jeudi 05 mars 2009 à 06h00
La réduction en appel de la condamnation de la Béthunoise est vécue parmi ses soutiens comme une « provocation ». Et tous les regards sont désormais tournés vers Nicolas Sarkozy qui doit se rendre au Mexique lundi prochain.
SÉBASTIEN LEROY (avec AFP)
> sebastien.leroy@nordeclair.fr
« Un coup de massue et une colère sans nom. ». Du député nordiste Thierry Lazaro à Jean-Luc Romero, ses principaux soutiens politiques, en passant par Me Franck Berton, son avocat, le ton était unanime hier, quelques heures après l'énoncé du verdict du juge qui a ramené en appel la condamnation de la Béthunoise de 96 à 60 ans de prison pour complicité d'enlèvements. Au mieux, cette décision ne fait que confirmer, parmi ceux qui défendent la jeune femme âgée aujourd'hui de 34 ans, « le déni de justice qui entoure la situation de Florence Cassez », pour ne citer que Thierry Lazaro, député-maire UMP de Phalempin. Ce dernier n'a d'ailleurs pas de mots assez durs contre ce qu'il estime être « un simulacre de justice ». « On se fout de la République française », tonne même l'élu à l'instar du maire (PS) de Boulogne, Frédéric Cuvillier, qui demande pour sa part que « la France cesse d'être insultée ».
Nicolas Sarkozy
appelé à l'aide
S'il fait remarquer que « les institutions mexicaines sont bien entendu souveraines », Me Berton pointe les errements d'une justice qui « n'a jamais pris la peine, durant la procédure d'appel qui a duré 11 mois, de recevoir Florence pour l'entendre ne serait-ce qu'une seule fois ». Il est en outre « évident » pour les proches de Florence Cassez que cette condamnation confirmée est une manoeuvre qui permet à Genaro Garcia Luna, ministre de la Sécurité publique mexicaine, mis en cause publiquement par Florence Cassez, de « ne pas se déjuger et de préserver sa survie politique », comme l'indique Me Berton.
Tous appellent désormais à un règlement politique de l'affaire, puisque la justice n'a selon eux plus grand-chose à faire de sérieux dans ce dossier.
« Le dernier recours, c'est "l'amparo" devant la cour suprême », précise Me Berton. « Au minimum 18 mois à deux ans de procédure. Florence ne tiendra pas jusque-là ». Et l'avocat de demander la grâce du président mexicain Calderon, Pour parvenir à cette solution, tous comptent sur la « fermeté » de Nicolas Sarkozy qui doit se rendre au Mexique à partir de lundi. « Au départ nous étions contre ce déplacement », indique Jean-Luc Roméro, ex-élu UMP et Béthunois d'origine. « Mais nous avons désormais l'assurance que cette affaire sera un point crucial de la rencontre entre Nicolas Sarkozy et Felipe Calderon ». Pour Thierry Lazaro, ce déplacement doit même être « un déplacement "Florence Cassez", reléguant au second plan toute autre considération, économique et diplomatique, entre les deux pays ». Le président mexicain a en tout cas fait un pas hier soir en n'excluant pas un transfert de la jeune femme en France.
En attendant, de ses geôles de Tepepan, Florence Cassez a une nouvelle fois appelé à l'aide le chef de l'État. « Aujourd'hui, c'est mon dernier espoir. Après, je ne sais pas. Après, je ne vois pas. Il faut qu'il m'aide ». Le père de la jeune femme espère quant à lui que Nicolas Sarkozy reviendra en France avec sa fille. Le dénouement de l'affaire, qui dure depuis 2005, semble désormais devoir passer par les plus hauts sommets de l'État.
Florence Cassez, âgée aujourd'hui de 34 ans, a passé plus de trois années dans les prisons du Mexique pour des crimes qu'elle nie avec force depuis le jour de son arrestation. C'était en décembre 2005 et la télé avait été conviée.Florence Cassez a été arrêtée deux fois. La première, le 8 décembre 2005. Le lendemain, la police mexicaine va « rejouer » son arrestation, pour que les télévisions puissent faire des images... Israël Vallarta, l'ex-compagnon de la Béthunoise, avouera rapidement être partie prenante dans le gang de kidnappeurs « Los Zodiacos ». Florence Cassez, elle, ne cesse de protester de son innocence depuis ce jour où elle a été sortie de l'arrière d'une camionnette de police pour la mise en scène de son arrestation. « Le jeudi 8 décembre, j'ai été enlevée sur la route par des hommes en uniforme, frappée et gardée jusqu'au vendredi à 5 h du matin. Menottée, on m'a mise dans la cabane à l'entrée du ranch (d'Israël Vallarta) », raconte-t-elle en février 2006, par téléphone depuis sa cellule. Ses dénégations n'y feront rien. Le 27 avril 2008, la Française écope d'une peine de 96 ans de prison à l'issue d'un procès fleuve. En France, ses parents remuent alors le Landerneau politico-médiatique. Thierry Lazaro, député-maire UMP de Phalempin, leur obtient même une entrevue avec Nicolas Sarkozy, le 7 mai 2008. Le Président les assure de son soutien. Dernier épisode judiciaire, cette « réduction de peine » ne convainc pas les soutiens de la première heure.Car pour ceux qui l'ont connue avant le Mexique, les accusations ne collent pas. D'un naturel volontaire et entreprenant - elle quitte la maison dès ses 18 ans pour prendre son indépendance - elle ne laisse que de bonnes impressions dans ses différents postes. À 22 ans, elle est chef de rang dans un restaurant de Saint-Omer. À 23 ans, elle est assistante de direction pour Eurodif, à Amiens. À 27 ans, elle devient la directrice de l'enseigne à Calais, avant de partir pour le Mexique, par goût de l'aventure. C'est là qu'elle croisera la route d'Israël Vallarta. C'est là qu'elle est enfermée depuis plus de trois ans maintenant. M.M.
(8 déc. 2005) Florence Cassez est interpellée au Mexique.(Mars 2006) Elle est inculpée par la justice mexicaine pour enlèvements.(Mai 2006) Ouverture du procès.(27 avril 2008) Elle est reconnue coupable de complicité de séquestration de trois personnes, dont un mineur. Elle est condamnée à 96 ans de prison.(7 mai 2008) Nicolas Sarkozy apporte son soutien aux parents de la jeune femme.(26 nov. 2008)« L'Appel des 100 » députés et élus qui soutiennent la jeune Française.(3 mars 2009) En appel, la peine de Florence Cassez passe de 96 à 60 ans de prison.(9 mars 2009) Nicolas Sarkozy est attendu au Mexique.





