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Norrent-Fontes

En garde à vue pour avoir aidé des réfugiés : témoignage

Monique Pouille a passé neuf heures en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour "aide au séjour irrégulier en bande organisée". Photo : DR. Monique Pouille a passé neuf heures en garde à vue dans le cadre d'une enquête pour "aide au séjour irrégulier en bande organisée". Photo : DR.

Apporter son aide à des étrangers en situation irrégulière est pénalement répréhensible. C'est ce qu'a découvert Monique Pouille, mercredi : cette militante de l'association Terre d'Errances a passé la journée en garde à vue pour avoir rechargé les portables de réfugiés.


Les réfugiés, Monique Pouille les côtoie depuis deux ans. Elle était alors bénévole aux Restos du Coeur et l'un des bénéficiaires lui avait parlé d'un camp de fortune installé sur la commune de Norrent-Fontes, près de Béthune. Depuis, cette femme de 59 ans membre très active de la paroisse de Norrent-Fontes, leur apporte un soutien matériel de tous les jours. Vêtements, nourriture, et du réconfort aussi. Mais si elle savait que "aider des réfugiés, c'est interdit", elle était loin de s'attendre à se retrouver sous le coup d'une garde à vue.

C'est pourtant ce qui est arrivé, mercredi matin. Interpellée chez elle, où les policiers ont saisi plusieurs téléphones portables appartenant à des migrants que la militante de l'association Terre d'Errance avait offert de recharger chez elle, comme elle le fait souvent, elle a été placée en garde à vue dans les locaux de la police aux frontières de Coquelles. Neuf heures de garde à vue, qu'elle passe aux côtés de treize réfugiés, interpellés le matin même aux abords du camp de Norrent-Fontes.

Il est 7h45 du matin lorsque les policiers frappe à sa porte. "Ils m'ont montré une carte, m'ont poussé dans le couloir pour pouvoir arriver avant moi dans la cuisine", raconte Monique Pouille. "Ils pensaient que j'hébergeais des réfugiés chez moi". Finalement, les policiers ne trouveront que quelques photos sur lesquelles figurent des migrants, et une poignée de portables. Lors de l'interrogatoire, les questions des policiers font dire à Monique Pouille qu'elle était "sur écoute" depuis plusieurs semaines. "Ils m'ont répété des phrases qui n'avaient été prononcées qu'au téléphone", explique-t-elle.

Dans la foulée de sa garde à vue, les militants de Terre d'erranbce ont battu le rappel. A sa sortie des geôles de Coquelles, elle a été accueillie par un cordon de sympathisant. Son avocat, Me Bruno Debout, s'est déjà attelé à sa défense, tandis que le père Delannoy, également membre de Terre d'Errance s'interroge, dans un communiqué de presse : "C'est la politique du chiffre qui prime. M. Besson a demandé qu'on intensifie la lutte contre les réseaux mafieux, qui arrête-t-on ? Une simple habitante qui a un coeur d'or".

L'association Terre d'Errance organise ce samedi 28 février une réunion d'information, dans la maison paroissialle de Norrent-Fontes.

MATTHIEU MILLECAMPS > matthieu.millecamps@nordeclair.fr


À écouter

  • Le témoignage de Monique Pouille : sa garde à vue, l'interrogatoire...

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