Nouvel an tibétain : la résistance continue
Publié le mercredi 25 février 2009 à 06h00
PROPOS RECUEILLIS PAR LUCIE HENNEQUIN > lille@nordeclair.fr C'est aujourd'hui que les Tibétains célèbrent la nouvelle année.
Mais, selon Fanny Isnard, gérante du magasin de commerce équitable asiatique « Lhamo » et détentrice d'un DEA d'études asiatiques spécialisé sur le Tibet, cette année, les Tibétains comptent boycotter les festivités.
Comment se déroule habituellement le Nouvel an tibétain ? >> Chaque année, entre début mars et fin février, selon leur calendrier luno-solaire, les Tibétains fêtent le Nouvel an, appelé « lo-sar ». Cette année est pour eux la 2 136e, depuis la fondation du Tibet par le premier roi mythique. Pendant trois jours, les Tibétains rangent et nettoient leur maison, préparent des repas familiaux et participent aux festivités traditionnelles. Puis, pendant dix jours se déroule la « Grande Prière », l'occasion pour les laïcs de faire des dons aux monastères.
Pourquoi le Nouvel an est-il particulier cette année pour les Tibétains ?
>> Cette année, et pour la première fois, les Tibétains exilés ont lancé le « no lo-sar », en signe de protestation et de deuil pour ceux qui sont morts lors des événements de l'an dernier. Au Tibet, le mouvement devrait être suivi également : en restant chez soi et en ne participant pas aux festivités extérieures, une résistance non-violente s'est mise en place.
La Chine va-t-elle réagir à cette protestation silencieuse ?
>> C'est déjà le cas. Le gouvernement chinois veut absolument donner l'image d'un Tibet heureux, et fait tout pour que les Tibétains fêtent leur nouvelle année comme d'habitude. Ainsi, il a été décrété que les jours de festivités seraient chômés, et des feux d'artifices ont été distribués gratuitement, chose exceptionnelle.
La « Grande Prière » est également interdite depuis des soulèvements dans les années 80, et n'aura donc lieu qu'à Dharamsala (ndlr : ville du Nord de l'Inde, refuge du Dalaï Lama). En Chine, tous les rassemblements sont interdits.
La Chine ira-t-elle donc jusqu'à organiser les festivités ?
>> Exactement. Les fonctionnaires tibétains auront du coup encore plus de pression, puisqu'ils seront obligés d'y assister sous peine de perdre leur place. Depuis quelques jours et jusqu'à la fin du mois d'avril, le Tibet est interdit aux touristes, de peur de manifestations. Déjà, il y a quelques jours, une vingtaine de Tibétains manifestant pacifiquement pour le « no lo-sar » se sont fait arrêter.
Pourquoi prolonger cette interdiction jusqu'à la fin du mois de mars ?
>> Le 10 mars, ce sera les 50 ans du soulèvement tibétain (ndlr : 1959 a été marqué par la fuite du Dalaï Lama et la rébellion de la population tibétaine à Lhassa, capitale du Tibet).
C'est aussi la période durant laquelle, l'année dernière, les manifestations ont commencé. La Chine veut absolument éviter que cela se renouvelle. La répression est loin d'être terminée. Le 17 mars, une soirée d'animation « Découverte du Tibet » est organisée au « Lhamo », 5, rue Masurel, dans le Vieux-Lille. Entrée libre, mais réservez au 03.20.15.12.57.
Le gouvernement chinois veut absolument donner l'image d'un Tibet heureux et les obliger à fêter leur nouvelle année comme d'habitude. La répression continue.




