Journaliste au coeur de rocker
Publié le dimanche 22 février 2009 à 06h00
Le point commun entre Jimi Hendrix, Pierre Mauroy et les salariés du textile roubaisien ? Tous ont croisé la route de Jean-Noël Coghe, enfant de la frontière et du rock, devenu reporter par hasard autant que par passion.
NICOLAS CAMIER > nicolas.camier@nordeclair.fr
Un dictionnaire d'anecdotes à lui tout seul. De ce genre qu'on écoute avec délectation autour d'une bière et d'un 45 tours.
Des yeux ronds comme des calots, une soixantaine bedonnante et une verve intarissable dès qu'il s'agit du rock'n'roll. Ajouté à cela un vieux blouson en cuir, une allure à mi-chemin entre le sympathique pilier de bar et le sévère professeur, le tout saupoudré d'un brin d'accent ch'ti, et vous aurez une image approximative de Jean-Noël Coghe. Curieux, insatisfait, généreux, parfois de mauvaise foi mais jamais langue de bois, Jean-Noël n'est pas avare d'une bonne histoire. La sienne, il la raconte dans « Mésaventures d'un petit reporter en Nord » (éd. Lumières de Lille). Un condensé d'anecdotes où l'auteur du premier article sur Jimi Hendrix paru en France, raconte son quotidien de journaliste précaire « côté cuisine », ses souvenirs de reportage et son divorce houleux d'avec RTL après 17 ans de vie commune.
Journaliste, un métier dont il rêvait minot comme on songe à être astronaute : sans grandes illusions et sans la moindre idée des réalités que le mythe dissimule. La faute à Bibi Fricotin et Tintin. « J'avais pas le bac, alors l'ESJ (École supérieur de journalisme, ndlr) , de toute façon, c'était pas pour moi ». Tant pis, l'ado de Wattrelos fera ses armes sur le terrain. Celui des concerts et des festivals rock. « Il suffisait de passer la frontière flamande pour entrer dans un autre monde : on trouvait des tas de disque d'importation, les plus grand jazzmen venaient en concert, la radio passait les premiers titres de rock anglais, Beatles, Kinks, Rolling Stones ».
La Flandre, au coeur du rock
Introduit par des amis musiciens, le Nordiste rencontre son idole, Gene Vincent, vedette américaine du rockabilly, et écrit ses premiers papiers dans Nord éclair. « Je suis passé un soir au journal me plaindre d'un article sur le rock. On m'a proposé d'écrire une réponse. C'est comme ça que ça a commencé ». Jean-Noël écrira une vingtaine d'articles en tout, qui ne lui seront jamais payé - « j'étais étudiant et je ne savais même pas ce qu'était une pige » - mais qui le lanceront dans le métier. À 17 ans, il accompagne plusieurs groupes en tournée (Animals, Kinks, Small Faces, Moody Blues, Vince Taylor...) et livre le récit des concerts dans Disco Revue. Il se lie d'amitié avec le guitariste Irlandais Rory Gallagher et Bill Whyman, bassiste des Stones. Un jour, il est embarqué dans la tournée de cet inconnu qui deviendra le guitariste du siècle: Hendrix. « Il avait une vraie aura. On aurait dit un grand félin ». Et Jean-Noël de raconter comment le matos du rocker traîna trois heures chez sa mère juste avant un concert à Mouscron.
Son meilleur souvenir de cette époque : le festival Actuel. Aussi appelé le festival interdit. « On est en 1969. Il n'y a pas encore eu Wight, ni Woodstock. La peur d'une nouvelle explosion sociale est toujours là ». Après les refus de Paris et Tournai, le festival a finalement lieu en octobre à ... Amougies, près de Courtrai. On y croise pêle-mêle les Pink Floyd, 10 years after, des jazzmen comme Archie Shepp ou The Art ensemble of Chicago, Frank Zappa, Yes... Jean-Noël fait ses comptes rendus pour la RTB en direct par téléphone. « C'était énorme. Je n'avais pas à préparer, simplement à dire ce que je voyais ».
Dans les années 1970, le journaliste prend le dessus sur le fan de rock. Armé de son Nagra, il se met à couvrir l'actu pour RMC, Fréquence bleu (devenue France Bleu Nord), pige un temps pour l'AFP. Mais il lui faudra des années pour obtenir le précieux sésame : la carte de presse. En 1981, il devient finalement correspondant permanent dans la région pour RTL.
« Une région de combat »
Il assiste à la lente et douloureuse désindustrialisation du Nord qui va le lier à cette « région de combat ». « Je me souviens du jour de la sortie du dernier bateau des chantiers navals. Les ouvriers avaient voulu le nommer France-Dunkerque, du nom du chantier. Mais la région avait refusé. Alors ils sont allés coller une banderole France-Dunkerque par-dessus le nom officiel ». Son livre fourmille de ces petits événements dans l'Événement, et donne à voir une autre histoire locale, plus subjective et colorée. Parfois injuste aussi. Comme sa mise à l'écart de RTL après un pépin de santé. Et surtout après 17 ans à assumer, seule, la lourde tache de correspondant dans la première région d'écoute de l'ex Radio Luxembourg.





