Les enseignants-chercheurs ne font pas de pause au café
Publié le jeudi 12 février 2009 à 06h00
« C'est une grève perlée et active », explique Joëlle Prungnaud, professeur de littérature comparée, qui avec d'autres enseignants-chercheurs proteste contre le décret de réforme de son statut en faisant cours « hors les murs » .
Alors que résonnent un blues de Bo Diddley et le sifflement du percolateur, l'enseignante égrène le calendrier de travail de son séminaire à ses étudiants en Master 2, qui l'écoutent religieusement. Chez Morel, un des plus célèbres cafés lillois, à peine distraits par le spéculos qui accompagne leur café, ces derniers prennent connaissance des dates de leurs exposés à venir sur les relations entre littérature et architecture.
« Je souhaitais montrer à l'extérieur ce que signifie un séminaire de recherche, montrer que ce que nous faisons a une fonction dans la société », explique Joëlle Prungnaud, qui ne souhaite plus s'engager dans des actions qui bloqueraient son université. Ce qu'elle déplore avant tout dans le décret sur le statut des enseignants-chercheurs, c'est l'uniformisation des méthodes d'évaluation de ces derniers : « On a voulu nous aligner sur le régime scientifique. Ce que nous faisons n'est pas quantifiable ».
« Ce qui est mis en péril actuellement, c'est l'articulation entre enseignement et recherche », explique-t-elle.
Dans une ambiance plus feutrée, au café culturel L'Ecart, où il siège seul avec ses étudiants qui préparent le Capes, Jean-Max Colard explique son souhait de « manifester sans porter atteinte à leurs études, sans mettre en péril leurs chances au concours » . S'il n'a « pas de problèmes » quant au fait d'être évalué, ce professeur de lettres modernes spécialiste de la Renaissance ne comprend pas qu'il y ait une autonomie des universités et que dans le même temps, les enseignants-chercheurs se retrouvent « tous ensemble dans la même grille d'évaluation ».
Le cours commence et une étudiante lit une première maxime de La Rochefoucauld, sujet du jour : « La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut, et à ne dire que ce qu'il faut ». Ce que Jean-Max Colard avait tenté de mettre en application quelques instants auparavant en expliquant, qu'« il y a un désir de réforme, mais cette réforme, c'est pas la bonne » .


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