Ouvrier formé donc sauvé ?
Publié le vendredi 06 février 2009 à 06h00
Le secrétaire d'État à l'Emploi a signé hier à Tourcoing un accord national pour la formation et le reclassement des salariés du textile. Il concernera 10 000 personnes entre 2009 et 2011, dont au moins 1 500 dans la région.
MATHIEU HÉBERT
> mathieu.hebert@nordeclair.fr
Gwenaëlle a délibérément choisi le textile. Elle vient de démarrer un CAP Métiers de la mode. Sébastien, ancien boulanger, a été réorienté par l'ANPE vers un CAP Tissage. Gwenaëlle ne sait pas encore où elle travaillera. Sébastien, lui, est assuré d'être embauché dans la société où il travaille en alternance.
Les deux jeunes gens sont en formation à Tourcoing, au CIA Gafit, un centre d'apprentissage aux métiers du textile. C'est ici que Laurent Wauquiez, le secrétaire d'État à l'Emploi, est venu hier signer un accord national pour la formation des salariés de la filière (lire l'encadré).
Dehors, tenus à l'écart par des policiers aussi nombreux qu'eux, une délégation de salariés d'Intissel, à Wattrelos, est venue « accueillir » le ministre.
Ils craignent la fermeture de l'usine.
Dans le centre de formation, Laurent Wauquiez passe d'une table de travail à un métier, tutoie les apprentis qui lui sourient en retour. On met un moteur en marche pour lui.
Sur une tribune improvisée, des salariés et des patrons de PME témoignent : Dominique Desplanque, qui a quitté l'école à seize ans, enchaîne les formations, poussé par sa direction. Il a désormais plusieurs diplômes en poche et n'envisage pas de quitter la boîte. Ce type d'exemple est rare, juge Olivier Diers, un des deux dirigeants de la société Lemahieu à Saint-André : « J'ai proposé plusieurs fois à mes salariés d'entrer dans un dispositif de formation ou un bilan de compétences. Il y a toujours eu peu de volontaires ». Après une passe difficile, Lemahieu a licencié une soixantaine de personnes en 2007. Yolanda Matuszak en faisait partie. Elle a rebondi dans le secteur médical. « Quand on a réembauché ensuite, on a fait appel à elle. Mais elle avait trouvé mieux ailleurs », lâche Olivier Diers.
« Je crois au textile », assure Laurent Wauquiez. Évoquant le secteur en crise et la perte de nombreux emplois, il estime qu' « on a touché le fond de la piscine ». « Cela ne sert à rien de se voiler la face ; les événements feront qu'on doit changer d'entreprise. Quand ça arrive, l'important, c'est de pouvoir repartir dans ce domaine ou dans un autre ». La solution, « c'est la formation, la formation, la formation, martèle le ministre. Ça ne se prépare pas quand la casse arrive, mais avant ».
Un « modèle » qui préfigure la réforme de la formation professionnelle C'est le troisième accord du genre dans la filière depuis 2003. L'accord national signé hier à Tourcoing prévoit de former 10 000 salariés en France entre 2009 et 2011. Il est doté de 40 millions d'euros, apportés par l'État (10 millions), les services publics de l'emploi et les entreprises. Salué par les employeurs et par les syndicats de salariés, l'accord précédent avait permis de reclasser 7 500 personnes (dont 1 500 dans notre région) entre 2006 et 2008. Le nouvel accord devrait concerner « au moins autant » de salariés du Nord - Pas-de-Calais, selon André Beirnaert, président de l'Union des industries textiles du Nord. Les publics prioritaires : les PME, les seniors et les salariés « faiblement qualifiés et sans certification ». L'accord textile servira aussi de « modèle » pour la réforme de la formation professionnelle, dont le texte sera publié au printemps : « On va sur les PME, sur les salariés les plus faiblement qualifiés et on essaie d'anticiper en permettant aux gens de rebondir s'ils sont dans des secteurs où il y a des menaces en termes d'emploi ». M.H.





