Gaza : depuis Lille, Tariq Ramadan appelle au "réveil des consciences"
Publié le jeudi 08 janvier 2009 à 06h00
Tariq Ramadan (d.) aux côtés d'Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud, hier soir. B.C.
La Mosquée Al Imane de Lille-Sud était pleine, hier soir, pour la conférence donnée « en soutien à la population de Gaza » par Tariq Ramadan, islamologue, et Michel Collon, journaliste belge de gauche.
La conférence s'est ouverte d'une étrange manière : Amar Lasfar, recteur de la mosquée de Lille-Sud, a d'abord demandé à un journaliste, confrère à la Voix du Nord, de sortir. L'accusant d'avoir « écrit des mensonges » dans un article précédent, il a prévenu, devant la foule de fidèles, que « tout journaliste qui joue de la sorte avec nous, nous saurons lui dire que nos portes ne lui sont pas ouvertes ».
Mais c'est surtout Tariq Ramadan que les fidèles de la mosquée lilloise sont venus écouter. Le verbe clair, le ton posé, Tariq Ramadan livre un long exposé de sa vision du conflit israélo-palestinien, et plaide pour « développer les mobilisations ». Emporté, il enjoint les fidèles de dépasser la seule émotion. « Si eux ont les larmes pour subir », lance-t-il évoquant le peuple palestinien, « nous avons les armes pour réagir : la distance pour comprendre, et le temps et les moyens de s'organiser ». Dénonçant « des intellectuels et des journalistes qui se disent Français et entretiennent un discours victimaire par rapport à Israël », Tariq Ramadan juge que « la question palestinienne est un conflit local et global, qui contient toutes les dimensions de ce que l'on a pu appeler le "clash des civilisations" ».
Délivrant un véritable argumentaire « universel », « propre à rassembler au-delà des seuls musulmans » , à ceux qu'il voudrait voir « sortir de la mosquée prêts à convaincre », Tariq Ramadan a notamment insisté sur un point : « la question israélo-palestinienne n'est pas religieuse, elle est politique. (...) Il ne faut pas transformer la question politique en question humanitaire ».
Pour lui, « la résistance palestinienne est légitime » et « les Palestiniens ont droit à un État et à la dignité » . Tariq Ramadan a également rappelé que, pour sa part, il était favorable « à un seul État, dans lequel tout le monde vit ».
À ceux qui craignent une montée des tensions communautaires et une importation du conflit en France, il répond que « l'importation, elle se fait dans la télé, dans les mensonges des mass-médias ». Et s'il insiste pour dire que « nous sommes contre tous les racismes, contre l'antisémitisme », il dit « refuser l'amalgame qui fait que dès que l'on dit que l'on est anti-politique israélienne, on est taxé d'antisémitisme ». Appelant au « réveil des consciences », à « une mobilisation raisonnée sur le long terme » , il a ensuite laissé la parole à Michel Collon. Le journaliste belge a pour sa part dénoncé les « médias mensonges » et la manière dont le conflit est retranscrit dans les médias de masses en France. Qualifiant la télévision « d'arme de guerre », il a enjoint les fidèles d'y porter un regard critique et plaider, lui aussi, pour le développement d'un argumentaire propre à fédérer les soutiens au peuple palestinien au-delà de la seule communauté musulmane.
MATTHIEU MILLECAMPS