Comment, en tant qu'humoriste, définiriez-vous ce charmant et étonnant pays qu'est la Belgique ?
>> Ce qualificatif ne peut venir que de l'extérieur. Oui, « étonnant », c'est un pays qui a un système de fonctionnement et de constitution qui peut surprendre. J'espère que dans ce côté « charmant » dont vous parlez, il n'y a plus cette consonnance condescendante qu'on pouvait parfois entendre dans les années 80.
Non, disons un pays capable du meilleur comme du pire ?
>> Alors, là oui tout à fait.
Comment expliquer la crise actuelle ?
>> Il n'y a évidemment pas une explication... Une certaine résignation du citoyen belge par rapport à la chose politique. Il n'y a pas comme en France un débat permanent. Débat garant d'une certaine vigilance qui fait que le politique se méfie de l'opinion. En Belgique pas vraiment, les politiques ont le champ libre. Et puis en Belgique on ne vote pas pour un homme mais pour un appareil. Et même quand on vote pour un appareil, on n'est pas sûr de voter pour les idées qu'il défend. C'est un vieil homme de gauche qui vous en parle. Et mes amitiés à Martine (Aubry dont il est un des soutiens, NDLR).
Cette perte de repères n'est-elle pas le fruit du système de ce scrutin à la proportionnelle qui ne génère plus chez vous que du consensus mou ?
>> Oui, c'est exactement ça. L'on dit toujours que les Belges sont gentils. Et c'est vrai. Le Belge refuse naturellement le conflit. Quand on traduit ça dans le débat politique, ça donne des gens qui n'ont plus le pouvoir de défendre des idées puisque tout est dans le mou. Le piège est là. Depuis quelques années on voit poindre en Flandre des gens qui vendent leur parti par des discours séduisants du type : « Vous en avez marre du consensus et des gentillesses, prenons-nous en main ». Le problème est qu'il s'agit de parti nationalistes. L'autre problème est qu'en Belgique on n'a pas de grands hommes ou femmes politiques, de grandes personnalités.
Pas d'Obama ?
>> Non
Et si Obama avait été belge, il aurait été wallon ou flamand ?
>> Ce serait l'homme de la situation. J'espère qu'il aurait été, comme aux Etats-Unis, au-dessus de la mêlée : il aurait été un Belge complet. Mais on n'a pas d'Obama qui suscite l'envie chez les concitoyens. Les seuls qui mobilisent sont en Flandre et sont dangereux.
Justement, si l'on reprend la caricature du pays avec au nord des primitifs flamands et au sud des traîne-patins wallons, comment peut survivre quelque chose qui ressemblerait à un sentiment patriotique ?
>> Il n'y a pas de patriotisme belge. On ne sent pas investis d'une mission individuelleet collective sous les couleurs.
Souvenez-vous de cette bourde d'Yves Leterme (Ndlr, premier ministre) à qui l'on demande de chanter l'hymne belge et qui se met à entonner la Marseillaise.
Si demain nous n'étions plus Belges, le sapin dans le jardin de ma mère resterait là où il est.
Aujourd'hui, le souffle du boulet est encore là, qu'est-ce qui pourrait sauver le royaume ?
>> J'avoue que je ne sais pas trop. Comment passer au-delà de tant de discordes ? Tant qu'il n'y aura pas un élan collectif pour résoudre tout ça et accepter de remettre ses avantages au service de la nation.
Mais est-ce dans l'intérêt de l'humoriste que vous êtes. Ce désordre est le terreau de votre humour et la source d'inspiration de nombre de vos sketches.
Et si la Belgique devenait un pays tout à fait tranq
uille... Est-ce que François Pirette existerait sans ce « chaos » ?
>> Imaginons que je ne puisse plus survivre parce que le pays est devenu d'un coup mature prospère et raisonnable, j'ai tendance à croire que ce ne serait pas cher payé. Oui, je veux bien sacrifier mon gagne-pain.
Pour le royaume ?
>> Oui.