L'appel des 100 pour Florence Cassez
Publié le jeudi 27 novembre 2008 à 06h00 - MATTHIEU MILLECAMPS
Cent députés ont signé la pétition de soutien à Florence Cassez. La jeune Béthunoise est détenue depuis trois ans au Mexique où elle a été condamnée à 96 ans de prison pour des enlèvements qu'elle clame n'avoir jamais commis.
L'instant se veut solennel. Charlotte et Bernard Cassez, les parents de Florence, semblent un peu perdus dans la grande et froide salle de conférence de l'Assemblée nationale où ils font face à la presse. À côté d'eux, Thierry Lazaro, député UMP du Nord, et Frédéric Cuvillier, député PS du Pas-de-Calais. Me Frank Berton, leur avocat en France, est là également. Les deux députés nordistes ont rassemblé les signatures de 101 de leurs pairs sur une pétition de soutien à Florence Cassez.
Des signatures obtenues par la force d'une conviction dans l'innocence de la Béthunoise qu'ils affichent depuis des mois. Des signatures qui, espèrent-ils, pèseront lourd dans les négociations qui seraient actuellement en cours entre les gouvernements français et mexicain sur ce dossier épineux. « C'est l'appel des 100, pose Me Berton, c'est le combat de la liberté, le combat de l'innocence. »
Me Berton
déconstruit les charges
Cette innocence, Florence Cassez, âgée aujourd'hui de 34 ans, la clame depuis le 8 décembre 2005, date de son interpellation au Mexique. Elle est alors accusée par l'AFI (agence fédérale d'investigation) d'avoir participé aux enlèvements que son ex-compagnon, Israël Vallarta, a reconnu avoir commis. Lui était à la tête d'un gang, « Los Zodiaco », spécialisé dans ces enlèvements contre rançon, pratique trop commune au Mexique. Il a aussi affirmé que son ancienne compagne n'avait jamais participé. Sans convaincre les juges. Lorsque la condamnation de Florence Cassez à 96 années de prison tombe en avril 2008, elle et ses parents sont anéantis. La jeune femme fait immédiatement appel de la décision. Une procédure qui peut durer jusqu'à deux ans.
« Nous pensions qu'elle reviendrait », dit sa mère, au bord des larmes.
Pour Me Berton, appelé depuis à la rescousse, le dossier ne tient pas. Outre le fait que Florence Cassez a été condamnée à quatre peines cumulatives alors qu'elle n'a été reconnue coupable « que » de trois séquestrations, l'avocat pointe des failles dans les témoignages. Deux des trois séquestrés ne reconnaissent pas la jeune femme lorsqu'elle leur est présentée. Le troisième, qui livre une description peu en phase avec le physique de Florence Cassez, affirme qu'elle lui aurait fait une piqûre pour lui anesthésier le doigt en vue d'une amputation. Mais la tache sur la main qu'il présente aux enquêteurs pour prouver ses dires se révélera être une tache de naissance. Surtout, elle est accusée de séquestration à une période pendant laquelle elle se trouvait en France...
« Nous n'avons pas de leçon à donner à la justice mexicaine en matière d'erreur judiciaire, tonne Me Berton, l'un des acteurs du procès d'Outreau, mais on peut exiger des autorités mexicaines un procès équitable. » L'avocat fonde « tous (ses) espoirs dans la procédure d'appel ». Une procédure qui, au Mexique, ne passe pas par un débat contradictoire.
L'« appel des 100 » est donc, plus ou moins clairement, une arme pour faire pression sur cette décision, au moins par le biais diplomatique. « La mobilisation doit donner la force nécessaire aux autorités françaises », fixe Frédéric Cuvillier. Visiblement personnellement touché par la situation de la jeune femme, Thierry Lazaro lui emboîte le pas. Mais le député-maire de Phalempin sait aussi que les parlementaires marchent sur des oeufs.
« Le Mexique est une démocratie, sa justice est souveraine, insiste-t-il. Mais une jeune femme est injustement emprisonnée et nous ne lâcherons pas ! »
(8 déc. 2005) Florence Cassez est interpellée par la police mexicaine en compagnie d'Israël Vallarta, son ex-compagnon. Il est accusé d'être à la tête d'un gang spécialisé dans les enlèvements. Accusée de complicité, elle nie. Le 9 décembre, la police mexicaine rejoue l'arrestation pour la télévision.(Janvier 2006) Création du collectif « Florence innocente », à l'initiative des parents de la jeune femme.(Mars 2006) Florence Cassez est officiellement inculpée par la justice mexicaine pour enlèvements. Elle continue de clamer son innocence.(Mai 2006) Le procès s'ouvre.(27 avril 2008) Alors que ses avocats jugent les témoins peu crédibles et les charges absentes, Florence Cassez est reconnue coupable de complicité de séquestration de trois personnes, dont un mineur. Elle est condamnée à 96 ans de prison.(Mai 2008) Les parents de Florence Cassez prennent, en France, le très médiatique Me Berton pour avocat. Le député (UMP) du Nord Thierry Lazaro les épaule pour obtenir un rendez-vous avec Nicolas Sarkozy.(7 mai 2008) Charlotte et Bernard Cassez sont reçus à l'Élysée. Nicolas Sarkozy apporte son soutien aux parents de la jeune femme. Depuis, des négociations seraient en cours entre les gouvernements français et mexicain.(Mars 2009) Nicolas Sarkozy doit se rendre au Mexique. Les parents et soutiens de Florence Cassez espèrent qu'il abordera la question à cette occasion.





